L’adulte à haut potentiel intellectuel (HPI) a été identifié en tant que tel depuis peu au regard de l’âge de la psychologie. Il existe aujourd’hui de nombreux livres au sujet de ces adultes « à haut potentiel ». On peut citer particulièrement ceux de M. Nicolas Gaudrit (Les surdoués ordinaires) et de Mmes Sylvie Brasseur et Catherine Cuche (Le haut potentiel en question). Il évitent les écueils de nombreux ouvrages sur le sujet : la généralisation abusive des observations des cliniciens à l’ensemble des personnes à HPI. Ils évitent ainsi de psychopathologie le fait d’avoir un HPI.

Avoir un HPI qui est avant tout une chance ! On sait que chez l’enfant et l’adolescent, il est positivement corrélé à la réussite scolaire (avec ou sans aide spécifique) et plus tard à la réussite professionnelle. On sait aussi qu’il est un facteur de protection contre l’anxiété et la dépression.

Je fais ici une présentation large des conseils destinés aux adultes qui présentent des problématiques psychiques classiquement retrouvés par les cliniciens chez des adultes qui ont un HPI. Ces conseils sont complémentaires d’une psychothérapie où le versant émotionnel est travaillé.

Adultes à HPI : les signes de la douance

La douance désigne avant tout un fonctionnement cognitif particulier : QI au-delà de 130 (critère variable selon les pays), vitesse de traitement de l’information élevée, excellent raisonnement logico-mathématique, très bonnes capacités attentionnelles et de mémorisation. Toutes les études sont d’accord sur ces points.

Au-delà de ça, en cabinet, de nombreux psychologues cliniciens observent chez les adultes à HPI qui consultent un fonctionnement psychique spécifique  : hypersensibilité, la susceptibilité, sens de la justice développé, grande empathie … Mais attention : aucune étude n’a démontré un lien formel entre ces traits de fonctionnement psychologique et le fait d’avoir un HPI. Tous les adultes HPI n’ont pas ce fonctionnement psychique. En revanche, ce profil psychologique qui est fréquemment retrouvé chez les adultes à HPI qui viennent en consultation.

Deux autres caractéristiques ont en revanche fait l’objet d’un peu plus de recherche et montré une corrélation positive avec les personnes à HPI. Il s’agit de l’hyperesthésie (le fait de ressentir plus intensément par le biais des cinq sens : odorat plus fin, toucher plus sensible …) et de la créativité.

Cet article s’adresse donc aux adultes à HPI qui se retrouvent dans le fonctionnement psychique particulier décrit plus haut : hypersensibilité, susceptibilité, sens de la justice développé, grande empathie … D’un sentiment d’être différent à une difficulté à se projeter dans un couple au quotidien en passant par des problématiques relationnelles actuelles (amis, collègues, amours …), les causes du mal-être sont nombreuses. Accepter sa différence de fonctionnement va être la première étape pour pouvoir en tirer le meilleur. En effet, vouloir la cacher et s’adapter à ce (qu’on pense) que les autres attendent de soi amène  à une construction en faux-self et au long cours, à l’installation d’un sentiment d’isolement.

Trois étapes vers le mieux-être

L’adulte à HPI n’est bien heureusement pas toujours en souffrance. Parce qu’il a eu des parents eux-mêmes à HPI et épanouis ou parce que ses parents non surdoués et son entourage (familial, scolaire et social) ont pu accompagner sa différence. Ces étapes sont les mêmes que l’adulte soit en grande souffrance morale ou qu’il se soit « blindé », parfois depuis l’enfance, pour ne plus la ressentir. On rencontre dans ce deuxième tableau des adultes apparemment froids, distants voire arrogants. Ils fuient l’attachement car ils ont appris qu’il est source pour eux de grande souffrance. Cette carapace les protège autant qu’elle isole et le risque majeur est de « passer à côté de sa vie », fuyant dans diverses activités pour ne pas penser et ressentir le moins possible.

La première étape du travail est d’accepter d’être différent : « Je pense plus vite que certaines personnes de mon entourage, je ressens les choses parfois beaucoup plus fortement (hypersensibilité et hyperesthésie), je me vexe facilement (susceptibilité), je ne supporte pas l’injustice, je m’ennuie vite si je n’ai pas de choses nouvelles à penser ou à vivre … »

La deuxième étape va être de ré-apprivoiser ces différences et de travailler l’estime de soi : elle est souvent basse et abîmée. Elle peut parfois être trop haute amenant à des difficultés d’intégration sociale. Mais elle n’est alors qu’une défense de plus pour se protéger et parvenir à fonctionner. Passer les personnes de son entourage au crible de l’intelligence logico-mathématiques amène soit à un sentiment d’isolement et d’ennui (« leurs sujets de préoccupation sont trop superficiels, pas assez intellectuels ; j’ai envie de m’isoler, de partir … »), soit à chercher à déceler ce qu’ils pourraient attendre de vous, afin de « rentrer dans le moule ». Là aussi, ennui et souffrance sont à la clé. Il est donc préférable d’observer et d’écouter les autres pour percevoir leurs richesses et leurs particularités. En effet, l’intelligence est multiple. En 1983, H. Gardner, psychologue américain, en décrit huit types : l’intelligence logico-mathématiques et l’intelligence verbo-linguistique (ce sont elles qui sont mesurées par les tests de Q.I.), l’intelligence spatiale, l’intelligence intrapersonnelle, l’intelligence kinesthésique, l’intelligence inter-personnelle, l’intelligence musicale et enfin l’intelligence naturaliste. Cela permet donc de mieux s’accepter et d’oser montrer ses propres différences. Prendre conscience de la complémentarité des êtres humains permet d’être mieux intégré et plus heureux en société.

Enfin, la dernière étape consiste à tirer le meilleur de son fonctionnement : l’hypersensibilité permet de grandes capacités d’empathie, le fonctionnement global psychique et cognitif particulier permet une grande créativité, le sens de la justice peut être mis au service de l’action … Le terme de créativité est à entendre au sens large. Il ne s’agit pas seulement du domaine artistique. On peut être créatif dans sa manière de penser son quotidien, d’élever ses enfants, de gérer son travail, de vivre son couple … Chez l’adulte surdoué, la créativité est particulièrement à développer. D’abord car elle préserve d’un ennui mortifère et ensuite car elle fait travailler l’imaginaire et pas seulement la sphère cognitive, déjà très active.

Comment s’épanouir au travail ?

L’adulte à HPI a besoin d’avoir plusieurs projets à mener en parallèle. Performant et rapide, il s’ennuie vite s’il n’a pas de « grain à moudre » intellectuellement. Cependant il est important de définir un ordre de priorité et d’accepter d’en laisser certains de côté. En effet, le gout de la connaissance et l’accès aujourd’hui quasi-illimité à l’information peut entraîner un éparpillement et un passage à l’action toujours différé. Lorsque vous vous lancez, faites-le sans trop réfléchir, vous rectifierez ce qui doit l’être ensuite. Lorsque des idées arrivent, notez – les (pour ne pas vous interrompre ou pour plus tard si vous êtes occupé à autre chose) et restez canalisé de manière constructive. Lorsque le projet est terminé, passez à autre chose. Renoncer à certains projets, choisir, s’arrêter alors que tout est toujours perfectible fait partie des traits de fonctionnement sur lesquels l’adulte à HPI doit souvent travailler.

Certains auteurs conseillent de faire plusieurs choses en même temps (par exemple, penser à son projet en faisant son jogging ou en cuisinant) car cela convient parfaitement au fonctionnement cognitif particulier de l’adulte à HPI (traitement très rapide de l’information, excellent raisonnement logis-mathématique, grandes capacités attentionnelles et de mémorisation). Cela lui permet de laisser mûrir ses projets avant de passer à l’action. Certes cela fonctionne très bien mais ce conseil a ses limites notamment car sur le plan émotionnel, cela favorise la mise à distance des émotions qui peut parfois devenir une fuite en avant : penser, penser encore et toujours pour ne pas ressentir. Il va aussi à l’encontre de l’idée de pleine conscience à savoir : être là, dans l’ici et maintenant. Donc être multitâche est certes productif et agréable pour l’adulte à HPI mais cela ne doit pas être un fonctionnement permanent.

A moins de travailler seul, l’adulte à HPI va devoir s’adapter à ses collègues qui ne sont pas tous forcément à HPI. Ces derniers ont besoin d’établir des plans : une chose, une idée après l’autre. Pour l’adulte à haut potentiel qui est très intuitif, pense vite et analyse plusieurs choses en même temps, faire des listes et des plans complique énormément les choses et, à ses yeux, de manière forcément inutile. Mais faire cette concession est parfois indispensable. En effet, l’adulte à HPI a de nombreuses idées. Comme elles lui apparaissent comme une évidence, le problème pour lui est souvent de les formaliser pour les exposer : comment expliquer ce qui semble couler de source ou comment les agencer lorsqu’elles ne sont encore qu’une ébauche ? De plus, parce qu’il pense vite et que son engagement émotionnel va souvent de pair avec ses pensées, il a du mal à accepter que les autres ne voient pas directement qu’il a eu une bonne idée. Les autres ont besoin d’un cheminement de pensée plus long, cela prendra donc un peu de temps. Il vous faut justifier votre raisonnement et dérouler un raisonnement logique pour convaincre. Même si cela vous paraît fastidieux et ennuyeux, détailler votre raisonnement peut vous amener à voir d’éventuelles lacunes, penser à d’autres éléments et vos collègues peuvent aussi insérer leurs idées. Accepter ce temps se travaille aussi en thérapie. L’adulte à haut potentiel doit garder en tête que les autres ont aussi un effort à faire pour s’adapter à son fonctionnement. Ils vont moins vite que vous : c’est une chose à accepter. Et, encore une fois, ne pas oublier que l’intelligence logico-mathématique n’est pas la seule forme d’intelligence. Savoir repérer les forces et atouts des autres permet de bien mieux accepter leur lenteur dans le raisonnement. On devient alors complémentaires au lieu de se sentir seul et agacé et les différences peuvent être vécues de manière plus légère.
De plus, l’adulte à HPI travaille plus efficacement dans l’urgence. Là non plus, ce n’est pas le cas des autres personnes. A vous de voir ce que vous pouvez réfléchir, concevoir et gérer à votre manière et à votre rythme et ce pour quoi il faut vous adapter.
Enfin, un travail en demi-régime, répétitif et sans créativité, va fortement impacter et de manière négative votre humeur. Votre profession doit absolument être source d’épanouissement et de créativité.

Au quotidien et dans votre profession, il vous faut écouter votre intuition car elle est nourrie par de nombreuses informations emmagasinées sans toujours vous en rendre compte (hyperesthésie et traitement rapide de l’information). Vous pensez plus vite et vous ressentez souvent intensément, c’est une richesse, faites-vous confiance !

Audrey Contraire