Enfant surdoué ou précoce ou enfant à haut potentiel intellectuel (HPI) ?

Enfants surdoués ou précoces, adolescents surdoués : avant de rentrer au cœur du sujet, un petit point de vocabulaire. Le terme « précoce » convient pour les enfants et les adolescents car il signifie « précoce par rapport à sa tranche d’âge ». Une fois adulte, ce terme n’a plus de sens et on utilise uniquement le terme de « surdoué ». On parle aussi plus affectueusement de « zèbres ».

Je préfère à ces termes ceux d’enfant à haut potentiel intellectuel (HPI).  En effet, le QI ne définit pas une identité. Or lorsqu’on dit enfant précoce ou enfant surdoué, on est dans l’être : mon enfant EST précoce, mon enfant EST surdoué. Cette nuance peut sembler dérisoire mais elle est très importante :

UNE PERSONNE NE SE DEFINIT PAS PAR SON QI.

UN QI N’EST PAS UNE IDENTITE.

AVOIR UN HPI N’EST PAS UN TROUBLE. DONC AVOIR UN HPI N’EST PAS UN DIAGNOSTIC. En termes de champ d’étude, le HPI relève en premier lieu de la psychométrie : c’est une mesure. Réduire une personne à un chiffe n’a aucun sens. En France, il faut que le QI soit supérieur ou égal à 130 pour parler de HPI. Le seuil est fixé à 120 au Canada. Beaucoup de cliniciens chercheurs et auteurs proposent d’autres modèles que la prise en compte unique d’un chiffre global, forcément réducteur, pour parler de haut potentiel.

 

Enfant à haut potentiel intellectuel (HPI) et parentalité

Avant tout, un point important : les études montrent qu’un QI élevé est en moyenne corrélé de manière positive à la réussite scolaire et ce qu’une aide à la scolarité (programmes de regroupement ou d’enrichissement ou d’accélération) soit mise en place ou pas. Il est même un facteur de protection contre l’anxiété et la dépression.

Avoir un QI élevé est donc avant tout une chance !

Lorsqu’on est parent d’un enfant à HPI et soi-même un adulte à HPI et heureux, les choses coulent assez naturellement. On connaît le fonctionnement cognitif de son enfant puisque c’était le sien. Et comme on a pu, pour diverses raisons, se construire de manière équilibrée, on peut accompagner son enfant sereinement. Les différences sont acceptées et valorisées au mieux et les relations avec les personnes non surdouées sont également apaisées. La notion de complémentarité est totalement intégrée.

Mais lorsqu’on n’est pas un adulte à HPI ou lorsqu’on est un adulte à HPI en souffrance, alors être parent d’un enfant à HPI devient un exercice périlleux. Comment accompagner un enfant dont je ne comprends pas le fonctionnement ? Comment accompagner un enfant dont je connais le fonctionnement puisque c’est le mien mais qui me fait souffrir ?

De l’enfant à HPI à l’adolescent à HPI

L’enfant et plus tard l’adolescent à HPI présente donc certains traits particuliers.

Toutes les études s’accordent sur la particularité du fonctionnement cognitif : il possède un excellent raisonnement logic-mathématiques, il pense plus vite (vitesse élevée du traitement de l’information) et possède des capacités attentionnelles et de mémorisation supérieures à celles de ses pairs. Il est donc plus à même d’élaborer un raisonnement complexe, de formuler des hypothèses, d’aller chercher des informations et de les utiliser de manière pertinente … Son raisonnement est riche, complexe et structuré.

Pour ce qui est de son fonctionnement psychoaffectif, il convient de rester prudent. Une grande partie de la littérature autour des enfants à HPI les décrit de la même manière. L’enfant à HPI ressent les choses beaucoup plus fortement aussi bien émotionnellement (hypersensibilité) que sensoriellement (hyperesthésie), il se vexe facilement (l’hyper-sensibilité va de pair avec l’hyper-susceptibilité), il ne supporte pas l’injustice, il s’ennuie vite … Ces conclusions se basent sur de la clinique, c’est-à-dire sur ce que les cliniciens (souvent des psychologues) observent chez ceux qui viennent les consulter. On voit ici d’emblée « le biais d’échantillonnage » que cela représente. Une chose reste certaine : parce-qu’il comprend plus de choses que ses pairs sans avoir la maturité émotionnelle pour les gérer, cela peut générer des angoisses. De là à dire tous les enfants à HPI sont hypersensibles, ce serait une erreur.

Le saut de classe est-il toujours une bonne chose ?

Au niveau international et en incluant la France, il existe trois types de programmes d’aide à la scolarité pour les enfants à HPI :

  • les programmes par regroupement : on regroupe les enfants à HPI dans des écoles spéciales. DE manière générale, ce type de programme est celui qui marche moins bien. D’abord pour les enfants à HPI dont l’estime de soi va chuter en même temps que leurs résultats scolaires puisqu’ils se retrouvent uniquement avec des enfants possédant des capacités similaires ou supérieures aux leurs. Ensuite pour les autres enfants, les enfants qui n’ont pas de HPI : en effet, leur estime de soi va augmenter (plus d’enfant à HPI dans leur classe qui aura 18 de moyenne générale) mais leurs résultats scolaires vont diminuer (plus d’effet d’émulation).
  • les programmes par enrichissement : les enfants HPI restent dans leurs classes mais sont regroupés ponctuellement (une fois par semaine par exemple) pour étudier des domaines qui ne sont pas au programme (astronomie par exemple). Les résultats pour ce type de programme sont très bons. Les enfants à HPI conservent les avantages de rester dans une classe normale (amis, résultats scolaires valorisants …) mais sont également suffisamment « nourris » sur le plan intellectuel.
  • les programmes par accélération : faire deux années en une grâce à des classes à double niveau ou sauter une classe par exemple. Là aussi, les résultats sont très bons. Ce type de programme est celui qui est privilégié en France.

Le saut de classe est à envisager individuellement. S’il n’a rien d’automatique, il est souvent bénéfique. Ne pas s’ennuyer à l’école participe à un équilibre global. Mais attention : le manque de motivation à travailler n’est pas forcément lié à un contenu pédagogique « trop facile » pour l’enfant à HPI. Il convient là aussi d’être prudent quant au risque de conclusion hâtive. Enfin, s’il est bien accompagné, se retrouver avec des élèves de un an plus âgé que lui ne sera pas « un traumatisme » pour l’enfant à HPI.

Parents d’enfants à HPI : quelques conseils pour l’accompagner

Acceptez ses différences contre lesquelles il ne peut rien. Il est comme ça et fonctionnera toujours comme ça. Il est très curieux, pose mille questions, peut être plus angoissé car il comprend des choses plus vite que samaturité émotionnelle ne lui permet de le gérer. Oui, parfois c’est « lourd » mais lui dire de prendre sur lui, qu’il est trop petit pour lire un livre sur la philosophie ou l’astronomie n’arrangera rien. Écoutez-le et expliquez-lui. Donnez-lui aussi des exemples de comment vous, enfant, vous viviez le même type de situation. Les enfants sont toujours heureux et rassurés de savoir que les adultes, et surtout leurs parents, ont aussi eu peur, eu mal et ils sont curieux de savoir comment ils ont géré.

Valorisez ses différences. Il a besoin d’être nourri intellectuellement : fournissez à son rythme. Ne le sur-stimulez pas, cela ne sert à rien, mais s’il demande à lire un magazine d’astronomie à 6 ans, donnez-le lui.

Répondez à ses questions honnêtement et cherchez avec lui si besoin. Il posera plus tôt que les autres des questions sur la mort et le sens de l’existence. Si vous vous sentez gêné pour répondre par peur notamment d’en dire trop, de nombreux livres permettent de fournir des réponses adaptées à son âge.

Comme tous les enfants et adolescents, il a besoin de régresser par moments. Donc si votre adolescente qui vous bat aux échecs depuis qu’elle a 8 ans veut regarder « Mary Poppins » avec son doudou lapin un dimanche après-midi, laissez faire et ne vous moquez pas d’elle. Cette petite régression affective permet de recharger les batteries pour repartir ensuite.

Aidez votre enfant à percevoir la complémentarité avec ses pairs. C’est fondamental pour son estime de soi et son intégration sociale. « Oui tu réfléchis très vite et tu comprends les maths avant qu’on ne te les explique. Mais Clara joue très bien du piano, Mathis dessine de supers BD, Zora est championne de natation, Paul adore le jardinage, Pierre a beaucoup de muscles … Tu as des capacités et les autres en ont d’autres. On n’a pas besoin dans ce monde que de ministres et de polytechniciens. On a besoin de jardiniers pour voir de beaux paysages dans nos villes, on a besoin de sportifs pour avoir envie de se dépasser, on a besoin d’artistes pour rêver et pleurer, on a besoin de policiers pour nous protéger … ». Plus vite il intègrera qu’il est différent comme tout un chacun est différent et que nous sommes tous complémentaires et interdépendants et plus vite il s’intègrera. Il acquerra ainsi une estime de soi bonne et stable (je sais ce que je vaux) ainsi qu’un respect des autres, le protégeant de l’arrogance et du mépris, signes de problématiques narcissiques.

Traitez-le toujours comme un enfant de son âge. En effet, le risque avec les enfants à HPI est de les traiter comme des plus grands car ils sont en avance intellectuellement. Il parle comme un livre, d’accord mais à 5 ans, on reste encore un petit qui a besoin de câlins et de cadre ferme pour les repas, le coucher …

Ne le laissez pas prendre une place qui n’est pas la sienne à la maison. Comme l’enfant à HPI réfléchit très vite et très bien, il aura toujours tendance à la maison et à l’école à vouloir diriger ses frères et sœurs et ses pairs. Ne le laissez pas faire. Il a de bonnes idées, oui. Il les partage, bien sûr. Mais ce n’est pas l’adulte. On ne se fait pas des amis à l’école en commandant tout le monde ou en rapportant ce qu’a fait un tel ou un tel.

Favorisez le développement de sa créativité : essentielle à son équilibre, elle peut prendre des formes diverses : dans les arts (musique, dessin, peinture …), en écriture, en cuisine …

L’enfant à HPI doit apprendre à gérer les moments de « vide » et à lâcher par moments la sphère cognitive, « le mental », particulièrement actif chez lui. Cela fait partie d’un équilibre général. Proposez des petits moments d’écoute de musique ou de méditation s’il y est sensible. Il existe des CD de méditation guidée pour enfants et adolescents. Ce sont de bons supports pour apprendre à se poser et être face à soi-même tranquillement.

J’espère que ces quelques conseils pourront vous aider au quotidien à accompagner vos enfants à HPI pour qu’ils grandissent bien.

Audrey Contraire